Retour à l'Accueil
 
Mémoire de l'ABBAYE - PRISON ...
 


La BLITZKRIEG
La Bataille des 3 Rivières
Le Chaudron de LILLE

 

LE DESASTRE MILITAIRE FRANCO-BRITANNIQUE
MAI - JUIN 1940

 

LA BLITZKRIEG : SUCCES TOTAL DU PLAN JAUNE 10 MAI - 4 JUIN 1940
BATAILLE DES RIVIERES MEUSE SAMBRE ESCAUT SCARPE DEÛLE LYS 10 MAI - 26 MAI 1940
LE CHAUDRON DE LILLE 26 MAI - 1 JUIN 1940

 


 

10 mai - 17 juin 1940 : 38 jours auront suffi à l'armée allemande pour vaincre l'armée française et l'obliger à demander l'armistice ! En moins de 6 semaines, la défaite est totale : près de 2 millions de soldats partent pour 5 ans de captivité en Allemagne, 100 000 sont morts durant ces 6 semaines de combat et 200 000 blessés se remettent dans les hôpitaux...

Le 1er juin, l'armée allemande rend les honneurs militaires aux héroïques défenseurs de la bataille de Lille. Du 27 mai au 31 mai, 35 000 à 40 000 soldats français de la 1ère armée, encerclés au sud de Lille, ont tenu tête à 7 divisions allemandes...

Le 4 juin, l'armée allemande occupe Dunkerque, mais retardée par les combats au sud de Lille, elle a laissé 340 000 soldats anglais et français s'échapper vers l'Angleterre. Cette bataille de Lille a sauvé l'honneur de l'armée française et a surtout montré qu'une troupe bien commandée peut transformer une retraite en victoire. Loos se trouve au coeur de cette bataille et le pont de l'abbaye devient très vite la seule possibilité de sortie vers Armentières puis Dunkerque pour les restes de la 1ère armée française encerclée au sud de Lille. Avant d'en venir à cette semaine sanglante et héroïque des défenseurs de Lille, essayons de retrouver les repères chronologiques de la retraite depuis le 10 mai. Essayons aussi d'évoquer les raisons d'une telle déroute afin de mieux apprécier le sursaut des défenseurs de Lille.

Depuis septembre 1939, la France et l'Angleterre ont déclaré la guerre à l'Allemagne d'Hitler. Après des années d'hésitation, de recul, de lâcheté, cette fois les deux pays se montrent fermes après l'invasion de la Pologne par Hitler. Près de 3 millions de soldats sont mobilisés et 1 million s'installe dans la ligne Maginot qui protège la frontière du nord-est face à l'Allemagne.

Pendant plus de 8 mois, ces soldats restent l'arme au pied, face à la frontière du nord et de l'est. C'est la " drôle de guerre ". L'inactivité engendre l'ennui, la démobilisation morale... peu d'exercice physique ou militaire. La routine et la monotonie sont le lot quotidien du soldat.

La ligne Maginot s'arrête au massif des Ardennes, selon nos stratèges, il est impossible à une armée motorisée et mécanisée de franchir cet obstacle naturel. De plus, ce massif ouvre sur une frontière avec la Belgique qui est comme en 1914 un pays neutre ! L'état major français est celui qui a mené la France à la victoire en 1918 ; sa stratégie est la même : préparer une guerre de position derrière des ouvrages en béton où l'infanterie jouerait le rôle essentiel. L'état major est en retard d'une guerre ! Il n'a pas su préparer les forces armées à une guerre moderne qui repose sur la mobilité, la rapidité ; l'aviation, l'armée blindée jouant les rôles principaux.

[Haut de Page]


 

Succès total du plan jaune : la BLITZKRIEG [10 MAI- 4 JUIN 1940]

Le 10 mai 1940, après avoir réglé le sort de la Pologne, du Danemark, de la Norvège, Hitler, assuré de la neutralité de l'URSS depuis la signature du pacte avec Staline en août 1939, ramène toutes ses forces à l'Ouest.

A. La Blitzkrieg
Le Désastre Militaire FRANCO-BRITANNIQUE Mai-Juin 1940

Cliquez sur l'image pour plus de détail !

Comme en 1914, l'invasion se fait par la Belgique et les Pays-Bas, avec une brutalité extrême, plaçant ces deux petits pays dans l'incapacité de résister à cette invasion. Comme en 1914, le plan d'invasion est le même en ce 10 mai 1940. Le plan jaune : élaboré par Hitler et son état major est simple. Envahir les Pays-Bas et la Belgique afin d'attirer dans cette zone les meilleures unités françaises et anglaises qui viendront au secours de ces deux pays ; concentrer dans le massif des Ardennes à l'extrémité de la ligne Maginot, des forces blindées capables de franchir ce massif et ces fleuves avec une force de pénétration considérable soutenues par une aviation maîtresse du ciel ; donner à ces forces blindées l'ordre d'atteindre le plus rapidement possible la Manche près d'Abbeville et de prendre au piège dans la nasse des millions de soldats alliés repliés de Belgique...

Au 4 juin, ce plan a parfaitement atteint son objectif. Il aura fallu trois semaines pour y parvenir ; la réussite est tellement rapide qu'Hitler lui-même arrête deux fois ces unités de tête qui avancent trop vite à son avis !

Comment expliquer et comprendre une telle réussite ? La guerre éclair " Blitzkrieg " a été expérimentée depuis 10 mois en Europe, en Pologne... Norvège. Elle repose sur un matériel moderne, récent, motorisé, rapide que sont les Panzers et les Stukas pour l'aviation.

L'armée allemande utilise ces moyens modernes avec une très forte concentration ; ainsi le nombre de chars est identique dans les deux camps, mais du côté français, les 3 000 chars sont utilisés comme soutien de l'infanterie en 1 000 paquets de 3 chars, alors que du côté allemand ces divisions de Panzers sont utilisées en trois paquets de 1 000 chars !

L'aviation allemande détruit rapidement gares, carrefours, aérodromes, affole les civils, les militaires avec les sirènes sinistres embarquées sur les Stukas... Elle sert systématiquement d'artillerie aérienne, en soutien aux blindés.

Les images de ces semaines de combat de mai-juin 1940 sont toutes d'origine allemande. Les alliés avaient interdit de filmer, photographier. Les seules sources sont donc allemandes et servaient au service de propagande.

L'armée allemande utilise les liaisons radio beaucoup plus efficaces que les téléphones de campagne à fil de l'armée française. Les bombardements détruiront souvent ces lignes, laissant le commandement sans aucun renseignement sur la situation réelle.

 

Les soldats allemands portent des tenues adaptées : bottes de cuir, casque solide, arme automatique, alors que les soldats français portent leur sac, avec brodequins de rechange, couverture, bandes molletières...


Cliquez sur l'image pour plus de détail !

Face à cette invasion, la réaction des gouvernements alliés est différente. En Angleterre, Churchill devient Premier Ministre ; énergique, il comprend très vite que la situation du corps expéditionnaire est difficile et prendra très vite la décision de l'évacuer. En France, Paul Reynaud est conscient des faiblesses et des lacunes des forces françaises, alors qu'il songe à remplacer Gamelin à la tête des armées. L'invasion se produit le 10 mai et Gamelin est maintenu. Il faudra retarder la nomination de Weygand, 73 ans, pour le remplacer. Gamelin tombe dans le piège du plan jaune. Dès l'invasion, il lance vers la Belgique et les Pays-Bas les meilleures unités motorisées françaises.

Curieusement, ces unités foncent vers le nord, passent la frontière belge, hollandaise, sans jamais être menacées par l'aviation allemande, si efficace ailleurs. Gamelin mettra un certain temps à se rendre compte du piège. L'ordre de repli se fera dans la précipitation avec cette fois l'intervention massive de l'aviation, des blindés allemands qui vont transformer la retraite en une gigantesque cohue où se mêlent civils et militaires. Une grande partie du matériel est abandonné. L'armée française est peu équipée pour lutter contre les chars. Elle manque cruellement d'artillerie antiaérienne et l'aviation française perd beaucoup de ses appareils à chaque sortie car les Allemands ont eux une artillerie antiaérienne très efficace et meurtrière : la Flack !

B. Les alliés encerclés - 19 mai - 4 juin

Le piège fonctionne parfaitement. Pendant des jours, Hitler concentre dans les Ardennes l'axe principal de l'invasion reposant sur les blindés et les troupes d'infanterie motorisée. Cette formidable concentration a complètement échappé à l'observation des Français. C'est dire combien le service de renseignement était inefficace. Désormais, chaque jour amène son lot de surprise, d'hésitation, d'ordre et de contrordre... de pagaille...

Le 12 mai, l'armée hollandaise dépose les armes alors que 7 divisions de Panzers s'approchent de la Meuse, franchissent la Semoy et, sous couvert de la forêt, les chars utilisent les allées forestières parfois empierrées à la rencontre de la 9ème armée que Gamelin a rassemblé à la hâte face à la Meuse. Des chefs remarquables conduisent ces unités, Rommel, Guderian, parfaitement coordonnés entre eux et avec l'aviation, bousculent cette 9ème armée sans liaison, formée d'éléments peu aguerris, peu entraînés. Le manque de liaisons, d'instructions fait que cette 9ème armée qui se déploie, laisse entre les unités des espaces non occupés dans lesquels s'engouffrent les blindés allemands. Le génie français a détruit les ponts bien sûr, mais a oublié les écluses que les fantassins allemands vont très vite utiliser comme passerelles de franchissement. L'armée allemande est préparée au franchissement des rivières, le matériel est déployé, les canots pneumatiques permettent d'établir des têtes de pont, la nuit.

En cas de résistance franche des soldats français, les Stukas, utilisés comme artillerie, interviendront par vagues successives et sèment la terreur et la débandade.

La ville de Sedan devient l'axe principal. La ville est peu protégée et 800 Stukas la détruisent en quelques heures.

[Haut de Page]


 


La BATAILLE des RIVIERES [10 MAI- 26 MAI 1940]

Gamelin a une vue partielle de la situation. Mal renseigné, il veut colmater les brèches avant d'attaquer. L'armée française est en retraite. L'initiative est aux Allemands. Ce sont la 9ème et la 1ère armées qui sont utilisées pour stopper l'invasion. Mais les liaisons sont difficiles, les chefs de ces armées changent plusieurs fois de PC...

Le 14 mai, les Panzers sont à Sedan malgré l'héroïque intervention de l'aviation française qui ne réussit pas à détruire les ponts installés sur la Meuse. La moitié des appareils seront abattus par la Flack forte de 300 pièces de DCA (défense contre avions). Un sacrifice aussi inutile qu'inefficace de l'aviation française qui perd ses meilleurs pilotes.

Le 15 mai, en Belgique, sur une ligne Anvers-Namur, la résistance alliée ralentit la percée allemande. Les pertes allemandes sont élevées mais cette situation entre dans le plan général d'Hitler. L'objectif consiste à fixer en Belgique une partie des forces blindées françaises afin de réussir la prise de Sedan. Gamelin comprendra trop tard la nécessité de replier vers le sud ces forces engagées en Belgique. Les chars allemands sont plus légers mais plus rapides, reliés entre eux par radio. Les chars français sont plus lourds, plus lents, plus gourmands en essence, plus vulnérables. Ils sont regroupés en trois divisions blindées face à la percée de Sedan. Mais les Stukas, les Panzers, le manque de carburant vont en détruire deux, la dernière obtiendra quelques résultats du côté de Montcornet avec les chars de De Gaulle.

Paris s'affole : Reynaud rappelle Pétain, 83 ans, et Weygand remplace Gamelin.

La retraite française s'accélère avec un arrêt derrière chaque rivière : la Meuse, la Sambre, l'Escaut. Certaines unités font preuve d'héroïsme et se sacrifient plutôt que de se rendre. Les Panzers utilisent les axes principaux et foncent vers la mer ; les fossés antichars, construits durant la drôle de guerre, sont inutiles ; les ouvrages en béton, isolés, sont contournés sans difficulté.

Le 17 mai, les Panzers sont à Avesnes, Landrecies, contrôlent les ponts sur la Sambre. En deux axes, ces Panzers, suivis par l'infanterie motorisée, bousculent tout sur leur passage. C'est la guerre éclair ; en cas de résistance, intervention des Stukas.

L'armée française aurait dû sortir de la nasse et orienter son effort vers le sud mais l'ordre est venu beaucoup trop tard. Les mailles du filet se referment à chaque heure. Les Panzers attaquent Cambrai, Arras, Amiens. Les Anglais, qui protègent Arras, lancent une vigoureuse attaque sur Arras, qui remporte un succès et inquiète Hitler ; mais ce succès est inexploité.

Les rescapés des 5th et 50th Divisions britanniques du corps expéditionnaire (B.E.F) formèrent un groupement autonome "la FRANKFORCE" dont le commandement fut confié au Général Harold E. FRANKLIN.
Le 21 Mai 1940 à 14 heures 15, cette unité est partie de MAROEUIL et de ses environs pour attaquer les forces allemandes composées de la 7ème PANZER DIVISION commandée par le Général Major Erwin ROMMEL de la DIVISION SS TOTENKOPF.
La 7ème PANZER recula de 16 Km et les SS perdirent 50% de leur effectif.
Ce fut un "feu de paille" (Sir Basil LINDDELL HART) mais les résultats à long terme furent positifs, et à court terme permirent à retarder les troupes qui devaient participer à la bataille de LILLE HAUBOURDIN, et empêcher l'évacuation de DUNKERQUE.

Cette attaque surprit le commandement allemand dont les troupes depuis le l0 Mai ne s'étaient vues opposées à aucune opération les contraignant à un repli.
Sans entrer dans le détail de l'objectif stratégique de cette attaque qui devait être coordonnée avec une offensive de la 1ère Armée Française vers CAMBRAI, celle‑ci permit à l'Etat Major britannique d'évacuer ARRAS.
La surprise fut tellement importante chez les Allemands, que le 23 Mai, le Général HALDER (Chef d'Etat Major du Grand Quartier Général de la WEHRMACHT) fit part de son anxiété au Général van KLEIST (Chef des PANZERS du Groupe d'Armée "A" du Général van RUNSTEDT) qu'il ne s'estime pas en mesure de poursuivre sa mission tant que la situation demeure aussi confuse autour d'ARRAS. (Pertes estimées de 50% en effectifs et matériels.)
Cette situation entaîne HITLER à se rendre à Charleville‑Mézières au Q.G. de von RUNDSTED.
le 24 Mai.
HITLER ordonne immédiatement aux troupes de s'immobiliser sur l'Aa, et notamment de ne pas entrer dans HAZEBROUCK.
Contre-ordre fut donné 48 heures plus tard.
Du côté britannique l'Amiral RAMSAY estimait, le 25 Mai, que 45.000 hommes pouvaient être évacués de France.
Les batailles d'ARRAS et de LILLE‑LOOS‑HAUBOURDIN retardèrent suffisamment les Allemands pour évacuer 338.226 militaires dont 113.000 soldats français.
(Entre le 1er et le 4 Juin, 75.000 soldats britanniques et 90.000 soldats français abandonnèrent les plages de la mer du Nord ).

 

19 mai, les Panzers atteignent Abbeville puis la mer. Ils ont progressé de 110 kilomètres en une journée. Le piège est refermé. Deux millions de soldats sont encerclés ; la ligne Maginot est prise sans combattre fournissant aux Allemands un énorme stock de matériel, de munitions et de nourriture...

 

A la retraite des soldats s'ajoute l'exode des civils ; le flot grossit. Hollandais, belges, français prennent la direction du sud espérant échapper à l'occupation mais ils se heurtent aux Panzers et se trouvent eux aussi pris au piège. Les autorités locales, régionales, nationales n'ont pas pris conscience de la tragédie de ces millions de civils. Ils les ont laissés sans directive...Désormais, entre le 20 mai et le 4 juin, les combats qui s'engagent sont sans issue. Ils ne peuvent que retarder l'échéance. Le 24 mai, Churchill décide de rapatrier les soldats anglais en Angleterre. Il met en place l'opération " Dynamo " pour sauver au moins les hommes à défaut du matériel. Les unités françaises devront soit rejoindre Dunkerque, soit retarder au maximum la progression allemande.

Les Panzers remontent la côte, prennent Boulogne, Calais et menacent Dunkerque. Hitler, inquiet, craint une réaction de l'armée française. Il se souvient de la Marne en septembre 1914. Il stoppe la progression des Panzers pendant plusieurs jours ce qui va faciliter la réussite de l'opération " Dynamo ".

Du 20 au 26 mai, s'engage la bataille de l'Escaut entre Valenciennes-Bouchain. Les combats sont très violents. Des régiments, comme le 43ème de Lille, font preuve d'un héroïsme extraordinaire tout comme les autres régiments du Nord de la France, le 110ème RI le 1er RI...

RI : Régiment d'Infanterie

Les Français lancent une contre-attaque sur Cambrai, qui réussit, mais l'intervention massive des Stukas détruit les hommes et leur matériel. Pendant quatre jours, l'armée allemande est bloquée sur l'Escaut mais le 25, la progression reprend ; le front est rompu. La 1ère armée française qui vient de s'illustrer sur l'Escaut, contrôle un secteur allant de la frontière belge à Bouchain, Douai, Merville. La pression allemande s'accentue. Hitler s'impatiente devant la résistance française sur l'Escaut ; des officiers supérieurs sont remplacés, des troupes plus aguerries assurent la relève.

[Haut de Page]


 


Le CHAUDRON de LILLE [26 MAI-1er JUIN 1940]

Le 26 mai, dans la matinée, les généraux Blanchart et Prioux pour la 1ère armée, Gort et Pauwall pour le corps expéditionnaire britannique, se réunissent à Attiches et prennent les décisions suivantes : replier la 1ère armée à l'ouest de la Lys en deux étapes :

  • du 26 au 27, repli sur Cysoing, Pont-à-Marcq ;
  • du 27 au 28, repli à l'ouest de la Lys. Blanchart abandonne l'idée d'une percée vers le sud et Weygand, chef suprême, s'engage à protéger le repli britannique sur Dunkerque.

Prioux, chef de la 1ère armée, organise le repli, à l'ouest de la Lys, des trois corps d'armées sous ses ordres.

Légende des Textes :

CA : Corps d'Armée
DIM : Division d'Infanterie Motorisée
DINA : Division d'Infanterie Nord Africaine
DM : Division Motorisée

 

  • Le 3ème CA : 12 DIM - 32 DIM - 1ère DIM franchira la Deûle par les ponts de Loos - Haubourdin .
  • Le 4ème CA : 15 DIM - 4DI utilisera les ponts d'Haubourdin et d'Ancoisne.
  • Le 5ème CA : 25 DIM - 5ème DINA -2ème DINA -1ère DM franchira les ponts du bac à Wavrin, des Ansereuilles de Don.

Le corps de cavalerie a déjà franchi la Deûle.

Ce dispositif réussit en partie : Le 3ème CA, parti en tête, réussit. Mais pour les 4ème et 5ème CA, le retrait est perturbé par la capitulation de l'armée belge, le 28 mai à 4 heures. Les Anglais se replient plus vite que prévu, dégageant le secteur nord-ouest de Lille.

Prélevés sur les deux axes de progression des Panzers vers Abbeville, la 7ème Division de Rommel remonte de Béthune - La Bassée - Lomme, à l'ouest de la Deûle. Elle coupe et contrôle la route d'Armentières, le 28 mai à 1h30, bloquant la retraite du 4ème CA. De violents combats s'engagent à Lomme. La 1ère DIM est rejetée sur Haubourdin.

A l'est de la Deûle, le général Waeger remonte ses divisions de Douai, Seclin, Carvin, Annoeullin, freinées par la résistance des unités du 5ème CA, en particulier les 5ème DINA et 2ème DINA.

L'étau se resserre autour de Lille. Le nord-ouest, évacué par les Anglais, est occupé par les Allemands qui font leur jonction avec les blindés de Rommel. Le sud-est voit affluer les unités des 4ème et 5ème CA dans une gigantesque pagaille à Emmerin alors que les généraux, dont Prioux, ont réussi à atteindre Steenwerck.

La seule issue possible est d'ouvrir un axe par les ponts d'Haubourdin et de Loos dont celui de l'Abbaye pour passer en force et gagner Armentières. Deux ponts restent possibles, celui du moulin rouge à Haubourdin et celui de l'abbaye vers Sequedin, Englos ; les autres sont détruits.

La bataille des faubourgs sud de Lille peut commencer. Dans une confusion générale, les chefs des différentes unités ne sont pas renseignés sur la situation globale, ils ignorent en particulier la présence des Panzers de Rommel sur Sequedin, Englos, Lomme. Ils ignorent que la route de Dunkerque est coupée et contrôlée par l'adversaire. Ils travaillent en aveugles mais sont décidés à résister le plus longtemps possible dans ce chaudron.

C'est le général Molinié, le plus ancien dans ce grade, qui prend le commandement de la résistance. Il installe son PC à la villa Saint Gérard, rue Auguste Potié à Haubourdin. Trois centres de résistance se mettent en place au sud-est de Lille, Ronchin, Wattignies ; le général Juin, avec le 27RI, le 134 RI. Il est rejoint par le général Jenoudet avec la 1ère DIM qui prend en charge la ville de Loos et qui deviendra très vite autonome et isolée de Juin. Haubourdin est le troisième centre de résistance avec la 2ème DINA du général Dame, déployée au nord et la 5ème DINA du général Mesny au sud. Ces trois poches de résistance regroupent 35 000 à 40 000 soldats, soit 30 bataillons 12 groupes d'artillerie, et 5 groupes de reconnaissance.

Dès le 27 mai, Molinié et ses officiers organisent une tentative de sortie pour la nuit du 27 au 28 mai. La 2ème DINA doit, par le pont de l'Abbaye, rejoindre Sequedin, Lomme, puis Armentières. La 5ème DINA doit, par le pont du moulin rouge, forcer le passage vers Santes.

L'opération démarre à 19h30. Le 27 mai, après la prise du pont de l'Abbaye, la 2ème DINA est stoppée à Sequedin au pont de chemin de fer par l'intervention des Panzers et de l'artillerie. C'est un carnage.

Lire l'article Journal ...

[placer là B2h en fenêtre]

 

L'attaque sur Santes est aussi un échec malgré le sacrifice des soldats du 24 RTT et du 14ème Zouave.

Les deux tentatives ont échoué, laissant sur le terrain de nombreux morts. Molinié arrête l'opération. Au nord-ouest, le général Juin a laissé aux unités le choix de tenter leur chance. Certaines unités motorisées réussiront à passer par Canteleu, Verlinghem... Les autres seront faites prisonnières le 29 mai au soir avec Juin.

Le siège peut commencer ; il va durer 4 jours jusqu'à épuisement des hommes et des munitions. Les défenseurs sont conscients qu'ils retiennent autour de Lille, six à sept divisions qui seraient plus utiles autour de Dunkerque.

Enervés par une telle résistance, les Allemands, en particulier certaines unités de SS, commettent des atrocités sur des civils. Aussi, à Emmerin, 12 civils dont 10 Belges sont exécutés froidement à l'entrée du village ; d'autres secouristes sont fusillés rue Salengro à Haubourdin ; le quartier d'Ennequin est ravagé par un incendie qui détruit des centaines de maisons.

La prison de Loos, au coeur des combats, libère ses détenus ; certains viendront se joindre aux défenseurs de Loos et trouveront parfois une fin héroïque ; d'autres en profiteront pour piller les maisons abandonnées. Des milliers de civils se terrent dans les caves et subissent l'enfer.

Les munitions épuisées, des centaines de morts, de blessés... des centaines de maisons détruites ; les points de résistance s'arrêtent les uns après les autres le 31 mai.

Le général Waeger propose au général Molinié une reddition dans l'honneur qui est acceptée. Les combats cessent le 31 mai à 17 heures.

Le 1er juin, place de la Déesse à Lille, l'armée allemande rend les honneurs aux défenseurs de Lille qui déposent les armes face à la gare et partent pour 5 ans de captivité en Allemagne. Le colonel Dutrey, après avoir détruit ses canons, choisit le suicide.

600 Allemands perdront la vie durant ce siège de 4 jours. Hitler limogera le général Waeger qui a osé rendre les honneurs aux vaincus. Les 7 à 10 divisions retenues autour de Lille peuvent être à présent dépêchées vers Dunkerque. L'opération " Dynamo " a commencé et sera un succès inespéré.

En 13 jours, l'armée allemande atteint la Manche. Il lui faudra 13 jours pour prendre Dunkerque. Weygand organise une nouvelle ligne de défense sur la Somme, qui sera enfoncée le 5 juin par les Panzers.

Le gouvernement gagne Bordeaux. Pétain, le 17 juin, demande l'armistice.

Ces six semaines de combat ont fait 100 000 morts ce qui est considérable comparé aux pires hécatombes de 1914-1918.

André GUSTIN
Président du Centre de Mémoire
de l'Abbaye-Prison de Loos
septembre 2002

[Haut de Page]