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RUBRIQUE : TEMOINS DU PASSE
L'ABBAYE DE LOOS 2ème PARTIE

 

Nous relations dans l'édition précédente les circonstances et l'origine de la fondation de l'Abbaye de LOOS. Au XIIème siècle, la ferveur religieuse, l'appel à la croisade, le rôle que jouent les moines en prêchant les croisades touchent la Flandre plus que les autres provinces. Le Comte de Flandre Thierry d'Alsace (1127-1168) y participe. De retour de terre sainte, il fait don à Saint Bernard en 1138 des terrains nécessaires pour édifier trois abbayes dans son comté : Clairmarais, des Dunes, Coxyde et Loos.

Les différents maîtres de l'Abbaye

L'histoire de l'Abbaye est particulièrement agitée car elle changera souvent de maître. Ces bouleversements sont toujours les conséquences de guerres ou de campagnes militaires. Jusqu'en 1304, elle demeure sous l'autorité bienveillante des Comtes de Flandre car elle est leur oeuvre ; ils la protègent, la dotent et accordent de nombreux privilèges. C'est une période de paix, de prospérité. En 1304, la bataille de Mons en Pévêle livre la Flandre au roi de France Philippe IV le Bel. L'abbaye est sous contrôle français jusqu'en 1369, date à laquelle Jean II attribue la Bourgogne en apanage à son fils Philippe le Hardi. Philippe épouse l'héritière du Comte de Flandre. La Flandre est unie à la Bourgogne. L'abbaye aura pour maître les ducs de Bourgogne. C'est encore une période de prospérité, les ducs se rendent à Lille, visitent l'abbaye, confirment ses privilèges.

La lutte des rois de France et des ducs de Bourgogne assombrit le XIVème siècle auquel s'ajoutent les ravages de la guerre de cent ans. L'abbaye voit ses biens souvent pillés, ravagés, ainsi en 1477 puis en 1479.

Le mariage de la Bourgogne avec l'empire d'Autriche à partir de 1477 livre la Flandre et l'abbaye de Loos à l'empereur d'Autriche. La Réforme est active en Flandre, les gueux se livrent aux pillages, l'abbaye est pillée en 1566. En 1556, la retraite de Charles Quint fait passer la Flandre sous le contrôle de l'Espagne de Philippe II. Elle devrait normalement rester à la monarchie espagnole jusqu'en 1667. Or depuis 1630, la France espère la reprendre aux Espagnols, mais ni le traité de Westphalie en 1648, ni celui des Pyrénées ne la lui rendent. Louis XIV après le siège de Lille, où l'abbaye servit de garnison et d'hôpital, annexe la Flandre.

L'abbaye a pour maître le Roi Soleil qui nommera l'abbé jusqu'en 1708. La Flandre est d'ailleurs un champ de bataille, les revers français se terminent en 1713, où la Flandre est définitivement reconnue française au traité d'Utrecht. Après ces multiples pillages de la fin du règne de Louis XIV (l'abbaye servit même de quartier général au Prince Eugène et à Maurice de Savoie), l'abbaye allait connaître une longue période de paix jusqu'en 1789. La Révolution allait lui être fatale.

La vie monastique

En ce qui concerne la structure primitive des bàtiments monastiques de Loos, il apparaît que tous les monastères de l'ordre sont alors bàtis sans luxe d'ornements sur le modèle de celui de Clairvaux. Il est donc probable que l'abbaye de Loos présente à l'origine une certaine similitude avec celle de Saint Bernard, d'autant qu'elle fut construite par des religieux délégués par cette abbaye mère. Les donations affluent à la communauté. Il n'est guère de seigneurs qui en décédant ne lui fassent quelque legs. Les donations d'une part, leurs travaux d'autre part, viennent enrichir rapidement ces pieux cénobites qui se distinguent alors par une extrême frugalité, vertu qui contribue à augmenter leur prompte fortune.

En effet, comme toutes les filiales de Citeaux, ce monastère suit la règle de Saint-Benoït et par conséquent fait voeu d'observer un "maigre perpétuel". Les religieux se contentent de mets grossiers, préparés avec des feuilles de hêtres, de pain fabriqué d'orge et de millet. Le laitage est sévèrement interdit à leur table. En dépit de cette austérité, un siècle plus tard, l'on constate plus de 1 800 abbayes du même ordre.

Aucun moine ne peut posséder personnellement, tous les biens devant être la propriété commune d'où le mot : Communauté.

L'abbé, leur père spirituel, donne à chacun, outre ses habits, un couteau, une aiguille, un poinçon et des tablettes d'ivoire enduites de cire pour écrire. Une chaise en paille ou en jonc et une petite table de bois blanc forment tout leur mobilier. Ils n'ont pour se reposer que de dures paillasses. Couchés à 20 H, éveillés à 3 H (2 H 30 les jours de fête pour donner plus de temps à la prière), ils s'adonnent ensuite à leurs travaux.

Ils ne portent pas de linge, étoffe trop délicate, mais une chemise de serge. Il semble, d'après les vitraux de couleur des chapelles abbatiales, que la robe portée primitivement par les cisterciens est blanche et le scapulaire noir.

Durant les 650 années de son existence, l'abbaye de Loos sera gouvernée par une suite de 41 abbés. Administrateurs prudents, certains seront honorés de charges importantes par les papes, les rois et les empereurs : vicaires-généraux de l'Ordre, procureurs-généraux en cour de Rome ; estimés des pontifes, ils paraîtront avec éclat dans les chapitres généraux. Ils sont en outre proviseurs perpétuels des hôpitaux dits Comtesse, à Lille et à Seclin.

Les abbés, librement élus, ne sont pas propriétaires. Simples administrateurs de biens, ils sont obligés à la résidence, donnant à leurs frères, l'exemple de leurs vertus.

Les cellériers, boursiers, procureurs et autres dignitaires, sont tenus de prêter serment entre les mains de l'abbé, d'administrer fidèlement les biens du monastère et d'en rendre compte deux fois l'an. Les cellériers ont sous l'autorité de l'abbé, l'administration du temporel. Cet emploi sera ensuite partagé avec le receveur. Les maîtres de la brasserie, de la boulangerie, de la grange (maîtres de labour) rendent leurs comptes au cellérier qui rend un compte général à l'abbé. Au quartier du cellérier, on paye les domestiques et les ouvriers du dehors. On conserve aussi les titres, les livres et autres pièces concernant les biens de la maison. Le procureur est le défenseur des intérêts de l'abbaye qui a son greffe et sa chambre de justice, où s'assemblent son bailli et les hommes de fief pour exercer sa justice.

Le nombre des religueux est proportionnel au revenu de l'abbaye. Si celle-ci est pauvre, on n'admet pas de novices. Un religieux ne peut être nommé évêque sans la permission de son abbé.

Comme nous l'avons vu précédemment, quelques paysans supportant mal leur condition de serfs, sont reçus à l'abbaye en tant que convers, c'est-à-dire convertis à la religion. La liturgie et les travaux administratifs revenant progressivement aux moines, le travail de la terre est abandonné aux convers.

A l'origine, ils sont de simples ouvriers que l'on ne paie pas. On leur donne simplement le gîte et la nourriture... et le fouet. (On les fouettait par principe chaque vendredi...)

C'est à leur travail que l'on doit l'assèchement et la régularisation des cours d'eau. La Deûle est leur grande affaire et ce sont eux qui construisent les premiers moulins à eau, puis plus tard les moulins à vent dont le modèle, ramené des croisades, vient de l'Orient.

L'abbaye s'enrichissant, dispose bientôt d'une boulangerie, d'ateliers de fleurs, de tisserands, d'une blanchisserie. Partout travaillent les convers. L'abbaye acquiert champs et pàtures sur Loos, Lomme, Sequedin, dans toute la chàtellenie, en pays flamand et même en Artois.

Le village connaît alors une activité artisanale croissante gràce à l'activité du monastère. Bientôt les convers ne suffisent plus et reçoivent l'autorisation de recruter du personnel. Ils se limitent donc à diriger et se transforment en administrateurs. A la fin du XIIème siècle, ils sont devenus très puissants et leur mode de vie s'éloigne de plus en plus de la règle monastique. En 1306, Dom Jean IV se décide pour une réforme extrême. L'abbaye ne recrute plus de convers. Ils sont progressivement remplacés par des fermiers. Les convers protestent et résistent mais Jean IV tient bon. Certains convers deviennent fermiers et les plus récalcitrants sont renvoyés.


 

RUBRIQUE : TEMOINS DU PASSE
L'ABBAYE DE LOOS 3ème PARTIE

Au cours des éditions précédentes, nous vous proposions de découvrir les circonstances et l’origine de la fondation de l’Abbaye de LOOS, ses différents maîtres, la vie monastique.

Cette dernière partie relate quelle fut la destinée de cette puissante organisation économique au cours des siècles jusqu’à sa transformation en Centre de Détention.

 

(Dessin de Thierry, architecte, 1819).

Collection Archives départementales du Nord 4 N 357.(Photo Jean-Luc Thieffry).

 

 

Ce plan postérieur à la Révolution a été dressé en vue de travaux à faire pour le futur dépôt de mendicité (qui n'ouvrira jamais). Il montre les aménagements paysagers voulus au début du XIXe siècle

 

Plan général de la Maison Centrale de Détention et de Correction du département du Nord établie dans les bâtiments de la ci-devant Abbaye de Loos
 

"Holding" féodal

L'abbaye de Loos progressivement se transforme plus en une puissante organisation économique qu'en institution vouée à la contemplation. L'abbé de Loos est un grand marchand de grains et de produits de la terre. L'abbaye qu'il dirige, tient de nombreuses entreprises agricoles sans cesser d'être un couvent. Elle possède des fermes aux Pays-Bas et en Artois, mais surtout dans la chàtellenie de Lille.

Le pouvoir de l'Abbaye sur ses fermes se manifeste de façons diverses. Elle en possède un bon nombre qu'elle loue à des paysans. Elle en contrôle les terres qu'elle donne à bail aux cultivateurs. Ces derniers doivent traiter avec elle s'ils souhaitent des champs, des labours, des prairies ou des vergers.

Dans la chàtellenie, la superficie des terres appartenant à l'abbaye et louées à des fermiers, atteint mille deux cents hectares. Le nombre des fermes dépendant d'elles est supérieur à soixante. Ces terres et ces fermes sont dispersées sur trente sept villages et villes. Elles ont, en particulier, beaucoup d'extension à Loos et à Lomme.

A ces possessions, il faut ajouter l'abbaye, elle-même, entourée de son clos composé de bois et de vergers. Il compte plusieurs centaines d'hectares. Des domestiques l'entretiennent sous les ordres des moines. Les uns sont des journaliers et habitent Lomme, Loos ou Sequedin. Les autres, plus nombreux, logent à l'abbaye dans les bàtiments annexes. Le personnel prend ses repas à l'abbaye où il y a tout ce qu'il faut pour vivre : boulangerie, brasserie des moines, étables, laiterie, boucherie, atelier de tailleur, cordonnerie et même une tannerie. Dans le clos, c'est une vraie petite ville où l'on travaille pour l'abbaye et ses pauvres (on disait alors : "pour les personnes aumosnées par l'abbé"). Mais ces commerces vendaient aussi leurs produits aux villages voisins et même à Lille.
Le monarchisme est presque considéré par les puissants comme un service public. Il est de leur devoir de le protéger par des dons. Paysans riches et seigneurs expriment leur reconnaissance par des dons variés ; certains allant même jusqu'à léguer maisons et terres à l'abbaye, espérant ainsi obtenir plus facilement "une place au paradis".

Enfin, les moines, par leur dot, contribuent à enrichir 'l'entreprise". La dot devient même peu à peu obligatoire. L'on prèfère accueillir les novices qui apportent avec eux leur fortune. Les moines se sentent de moins en moins tenus par la règle d'abstinence et l'ascétisme n'est plus toujours respecté.

Ces pratiques atteindront des abus extrêmes et ce sont bien contre elles que s'élèveront les réformés du XVème siècle. Certains abbés sont grands dépensiers et organisent de grandes réceptions pour entretenir de bonnes relations avec les personnages importants de Lille et des Flandres.


Dès qu'un nouvel abbé est désigné, il se découvre une multitude de cousins, amis et parents à entretenir. La richesse des moines leur permet une vie confortable et c'est d'ailleurs gràce à elle qu'ils peuvent se consacrer à l'étude. Bien longtemps, les monastères seront les seuls foyers de culture. Le prieur est parfois un docteur en théologie de la Sorbonne ou de l'université de Douai. L'abbé lui abandonne en grande partie la discipline intérieure et il sait qu'à sa mort, on jugera son gouvernement surtout d'après les résultats financiers et matériels qu'il aura obtenus.

Le centre de ce petit royaume est le quartier abbatial au coeur de l'abbaye. Là se tient l'Abbé, chef supérieur, arbitre suprême.

 

 

 

L'Abbaye et ses Moines

Créée en 1146 l'abbaye est une filiale de l'ordre de Citeaux mais se trouve dans l'évêché de Tournai. Elle aura 41 abbés. Le dernier, Dom Antoine Billau, fut élu député du clergé aux Etats généraux de 1789. Il dut s'enfuir en Belgique à Tournai où il mourut misérable en 1832.

La nomination des abbés appartient d'abord au chapitre de Citeaux, mais les premiers abbés furent élus par les moines, les autres furent nommés par les maîtres de la Flandre à condition que les abbés choisis soient des moines cisterciens ; ils reçoivent la bénédiction du vicaire général de Clairvaux.

Certains abbés furent remarquables. Dom Simon se croisa 2 fois et participa en 1204 à la prise de Constantinople avec Bauduin Comte de Flandre, beaucoup furent des bàtisseurs embellissant l'abbaye. Le nombre des moines de l'abbaye ne dépassa jamais 40. Il se situe entre 20 et 40. Les convers ne furent jamais nombreux : 2 à 3, ils furent même interdits car ils s'enrichissaient aux dépens de l'abbaye.

Les bàtiments de l'abbaye furent édifiés lentement, l'église fut reconstruite 3 fois, agrandie et considérablement enrichie en 1686 avec un choeur en rotonde de 12 sur 7,60 m ; le dôme avait 10 m de diamètre, la longueur était de 24 m. L'ensemble avait coûté 35000 florins. L'intérieur était décoré de marbre de Gênes venu par Amsterdam, des pièces d'Argentine ciselées en Italie dont un Christ de 70 ans, de magnifiques orgues coûtèrent 4000 florins à l'abbaye.

Elle possède à l'intérieur d'un mur d'enceinte boulangerie, infirmerie, ateliers de tissage de travaux de cuir, des moulins à eau sur la Deûle, brasserie, à l'extérieur des moulins à vent importés d'Orient l'un dans l'enclos, l'autre vers Esquermes, le pont sur la Deûle d'abord en pierre puis abattu en 1708 devient le pont des Ribauds après sa reconstruction. C'est une véritable seigneurie vivant en économie fermée et ayant des ressources importantes, en 1275 ses revenus sont estimés à 2500 livres argent, en 1340 on compte à l'abbaye 67 chevaux, 88 bovins, 700 moutons, 160 porcs.

En 1532 le pape oblige l'abbé de Loos à verser 4500 livres pour lutter contre les Turcs.

A3h1
La vie religieuse de l'abbaye est à l'image de l'évolution générale de la religion : aux périodes de déclin, de relàchement, succèdent des périodes de piété profonde, de réclusion totale ; ainsi, entre 1430-1460 on reproche aux moines de coucher dans des draps de lin, de s'habiller de chemise de lin, de dormir sur des matelas de plumes. En 1490 une chronique Loossoise reproche aux moines de consommer trop de bière. L'abbaye devient la "pieuse taverne". En 1510 le chapitre de Citeaux décide de faire enterrer dans le fumier les moines avec leur argent. En 1565 le nouvel abbé rétablit la discipline morale, interdit les jeux de cartes, les armes à feu, fait rétablir la clôture. Ce retour à la discipline s'accentue en 1575 face à la réforme des gueux.

Entre 1727 et 1746, Nicolas du Béron possède les prérogatives d'un évêque. Né à Lille le 1er mai 1672, il est définitivement admis à Loos, à 20 ans après le noviciat. Il devient ensuite Maître des Bois, un des officiers (fonctionnaire) les plus importants de l'abbaye. Le 20 mai 1727, les moines le proposent, par élection, pour la crosse. Le roi le nomme le 2 août et il est définitivement installé en janvier 1728.

Sous son gouvernement, de grands travaux sont exécutés, notamment le portique monumental, entrée de l'abbaye de Loos, qui servit d'accès plus tard à l'établissement pénitentiaire jusqu'au conflit 1914/1918 qui verra sa destruction.

 

La chapelle Notre Dame de Grâce

Les pélerins nombreux, en même temps que leurs prières amènent leur argent ; la chapelle est donc une source importante de revenus que convoitent l'abbé, le curé de LOOS, l'évêque de Tournai et le seigneur de LOOS. C'est finalement l'abbé qui percevra les bénéfices, laissant la portion congrue au curé de LOOS, et une part des revenus au chapelain.

Le chapelain est nommé par l'abbé et reçoit 300 florins par an, il touche en plus le casuel, la vente des médailles, des cierges, des images pieuses, il dispose d'un jardin et d'une brasserie. Ces dépendances près de la chapelle seront vendues à la Révolution. Vers 1300, le pape accorde des indulgences aux pélerins de LOOS, elles sont renouvelées en 1452.

Vers 1580 et jusqu'en 1628, on enregistre des miracles. La chapelle (située à l'emplacement actuel de la Résidence La Vesprée) est bénie par l'évêque de Tournai. Elle mesure 3,85 m sur 4. Les archiducs Albert et Isabelle s'y rendent en 1600. Ils font don à la chapelle d'une lampe en argent. Il y aurait eu 50 guérisons jusqu'en 1628.

Pendant les guerres, la statue de la Vierge est cachée puis réapparaît après celles-ci.

De la Révolution à nos jours...

La Révolution, comme partout en France, viendra bouleverser la vie des Loossois.

Durant des siècles, on voit accourir les populations en pélerinage. Loos connaît une activité artisanale croissante gràce à celle de l'abbaye qui poursuit une carrière éclatante jusqu'à la période révolutionnaire.

A Paris, Necker convoque l'Assemblée nationale du 6 novembre au 12 novembre. Une loi électorale est votée qui ne calme pas les esprits. A Loos, les 4,11 et 19 janvier 1789 se tiennent à l'abbaye les assemblées des députés, du clergé et de la noblesse. Au mois de mars, les trois ordres tiennent des assemblées préliminaires, afin de rédiger les cahiers de doléances et nommer les députés.

Dans ces assemblées, figurent : pour le Clergé, Dom Antoine Billau, abbé de Loos ; pour la Noblesse, Louis-Gaétan-Philippe Guislain, chevalier et seigneur de Loos, comte de Thiennes ; pour le tiers-état, Florent Platel et Floris Deroullers. Dans ces cahiers, le Tiers-Etat expose ses revendications contre les grands baillis et demande une administration exclusivement provinciale.

Avec la loi du 4 août 1789, la seigneurie de Loos cesse d'exister. Le 15 février 1790, l'Assemblée nationale supprime les abbayes. Celle de Loos ne subit pas trop de dommages de la part des patriotes. Chassé du monastère par la Révolution, l'abbé Billau décèdera en exil. La "ci-devant abbaye" de Loos et ses domaines sont vendus publiquement. Le département, puis par la suite l'Etat, en conservent cependant les bàtiments et quelques terrains adjacents.

Le refuge de Lille est mis en vente 39000 florins. En 1792, l'inventaire des biens est terminé, les orgues sont envoyées à Lille, les archives à Sequedin ; l'abbaye est transformée en caserne. La patrie en danger rassemble en Flandre les citoyens volontaires. Après le siège de Lille 400 soldats français seront enterrés à l'abbaye. En 1794, les cloches sont fondues ; enfin le 24 juin 1796, l'abbaye est vendue pour 674298 livres.

Le sanctuaire de Notre Dame de Gràce est acheté par un Anglais. La chapelle laissée à l'abandon tombe en ruines. En 1800, l'église est rouverte au culte et la statue de Notre Dame, cachée sous la Révolution, est placée au-dessus du maître-autel. Cette statue est restée célèbre par le récit de nombreuses guérisons miraculeuses. Le culte de Notre Dame de Gràce se transporte donc à l'église paroissiale. Jusqu'en 1914, une foule considérable de pélerins prendra l'habitude de venir se prosterner devant la Vierge le Lundi de Pàques.

Sous la République, les bàtiments sont consacrés à un hôpital militaire. Sous le Premier Empire, en 1812, le nombre de mendiants est tel que l'on décide de transformer l'abbaye en dépôt de mendicité. Enfin, sous la Restauration, en 1817, une ordonnance royale la transforme en une maison de force et de correction, avec colonie pénitentiaire. Au cours du second conflit mondial, de nombreux patriotes y seront enfermés et la prison deviendra un lieu d'héroïsme.

Les restes de la grandiose chapelle seront détruits en 1962 pour la construction de l'autoroute A25, en même temps que l'on comblera le bras de la Deûle qui la longeait.

De nos jours, nous connaissons l'Abbaye sous forme d'une grande prison où, derrière le haut mur d'enceinte, s'élèvent la maison d'arrêt cellulaire et la maison centrale.

Le souvenir de son passé légendaire demeure pourtant vivace. Par son rayonnement n'a-t-elle pas, il y a bien longtemps, guidé le modeste hameau vers son expansion sur le chemin de l'avenir ?...

J. MOREAU et A. GUSTIN

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