De l’ABBAYE CISTERCIENNE au CENTRE de DETENTION
   
  Historique des Bâtiments
  Une visite à la colonie Saint-Bernard
  Les principaux moyens d’arriver au relèvement moral
  Le régime intèrieur de la colonie Saint-Bernard
  Le triage des arrivants
  Les récompenses et les punitions
  Conclusion


Historique des bâtiments

Nous avons déjà relaté comment, au XIIème siècle, Saint Bernard vint à Loos en 1146 fonder une abbaye à la demande du Comte de Flandre Thierry dAlsace et de son épouse Sybille dAnjou.

L’emplacement retenu est un endroit marécageux, planté de taillis, que l’on nomme dans l’ancien langage germanique Loo ou Los. Il semblerait que la commune en ait tiré son nom : Loos.

Cette abbaye cistercienne dédiée à la Vierge Marie a pour devise la formule mystique « Louange à la bienheureuse Marie », en latin « Laus beatae Mariae » où l’on retrouve la même consonance : laus et loos.

Il faut alors procurer aux moines des terrains pour bàtir les lieux d’habitation et de prière, des prés, des bois, une rivière, pour les nourrir, les vêtir, les chauffer et servir à la vie de la communauté.

Le Comte de Flandre autorise à cet effet les religieux à acquérir plusieurs hectares : la terre de Bernard dEnnequin, la terre de Duremort...

Parmi les six témoins signant l’acte établi en 1147 figure Jean « Le Bel » qui sera la premier chef de la communauté.

Toute une organisation économique se développe, centrée sur l’abbaye mais qui s’étend sur des domaines parfois éloignés et fait vivre toute une population.

En 1203, la première église abbatiale est construite. La priorité avait été accordée à l’origine aux bàtiments d’habitation et de travail. Entre-temps, on célébrait l’office divin dans une modeste chapelle. C’est l’église de 1203 que l’on aperçoit sur l’une des oeuvres de l’album de Croy (1603), probablement maintes fois réparées. On y distingue, notamment, les arcs-boutants qui, comme à Clairmarais, maintiennent la façade ouest.

Parmi les travaux exécutés pour l’entretien ou l’embellissement de l’abbaye, en 1668, le mur d’enceinte est démoli pour contribuer à la construction de la Citadelle de Lille.

Depuis la fondation jusqu’en 1789, quarante-et-un abbés se succèdent à la tête du monastère. Le dernier sera Antoine Billau. L’un des plus connus est sans doute Ignace Delefosse qui a rédigé une chronique de l’abbaye relatant les principaux événements. Elle se compose de cinq volumes de cinq cents pages manuscrites, conservés aux Archives Départementales du Nord. Un personnage célèbre fréquente l’abbaye à partir de 1704 ; il s’agit de François-Joseph Clément, évêque et Prince-Electeur de Cologne, exilé de son pays par la guerre. Il y est ordonné prêtre par Fénelon, archevêque de Cambrai en 1707.

En 1701, Ignace Delefosse souhaite reconstruire l’église abbatiale devenue vétuste. En dépit d’une opposition véhémente de quelques moines, il exécute son projet accepté par le Parlement de Flandre. Il décède en 1727 avant l’entier achèvement du bàtiment.

Un quart de siècle plus tard, les bàtiments claustraux sont à leur tour soumis à la reconstruction. Après une proposition établie par Goualle en 1752, le choix (autorisé par Thomas-François-Joseph Gombert, architecte et S.-J. Lachery, experts auprès du Parlement à Douai) se porte sur les plans dressés en 1757 par l’architecte Nifetta.

Auparavant, Nicolas du Béron, 38ème abbé, avait fait ériger la monumentale entrée principale de l’abbaye, dans l’allée dite « des moines » aux abords de la Deûle, à l’extrémité du pont des Ribauds. Sur le fronton de cette porte à pont-levis se trouvent ses armes et celles de la communauté, avec ce millésime : 1744. Ce portique flanqué de meurtrières servit plus tard à l’établissement pénitentiaire jusqu’au conflit 1914-1918. Il aurait pu devenir l’Arc de Triomphe de la ville de Loos s’il n’avait été détruit le 16 octobre 1918 par l’armée allemande en retraite qui fit sauter le pont. On peut supposer que ce monument fut édifié à l’aide de parpaings extraits des carrières dEnnequin.

A compter de 1789, la Révolution disperse les moines et déclare les biens du clergé dévolus à la nation. Les bàtiments sont utilisés comme casernement pour les troupes en guerre contre les Autrichiens, puis comme parc à bétail pour l’alimentation des Lillois, enfin comme hôpital militaire. On procède à leur vente par adjudication, le 6 messidor an IV (24 juin 1795). L’acquéreur est Pierre-Urbain Virnot, négociant, demeurant à Lille, et concerne : « la ci-devant abbaye de Loos et son église avec ses basse-cour, brasserie et autres dépendances »... Le nouveau propriétaire a créé deux sociétés (Virnot Frères à Lille et P. Virnot à Paris) pour l’installation, dans l’abbaye, d’une blanchisserie d’étoffes de coton, de laine ou de lin, puis, la création d’une filature de coton. Ces sociétés sont déclarées en faillite et les biens revendus. L’Etat achète aux créanciers de Virnot, tout le clos (9 bonniers 10 cents soit 13 ha 65 a 45 ca) le 21 avril 1812 en vue, tout d’abord, d’y fonder un Dépôt de mendicité. L’opération ne se fera pas et l’ensemble sera utilisé comme Maison centrale de détention à partir de 1819. D’autre part, le reste des biens acquis par P. Virnot (68 bonniers 1 120 verges, soit 97 ha 46 a 18 ca) est mis à prix le 17 juin 1812, pour une nouvelle adjudication.

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L'Abbaye devient Prison sur ordonnance du Roi en 1817..

La transformation en Dépôt de mendicité puis en Maison centrale de détention et de correction n’affecte guère le gros-oeuvre des bâtiments. Chaque local change simplement de destination. Les boiseries intérieures ont été vendues aussitôt la Révolution. Des cloisons disparaissent, d’autres sont ajoutées. Les escaliers changent de place. De l’église, seul le transept est encore utilisé pour l’exercice du culte ; le premier étage sert d’infirmerie, le rez-de-chaussée de locaux administratifs.

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La lettre au Préfet précédant l'arrivée des premiers détenus...

 

C’est au XXème siècle, et surtout à partir des années 1950, que se réalisent les travaux importants qui, tout en préservant la silhouette de l’ensemble, transforment profondément le gros-oeuvre. Les murs de certains bàtiments sont totalement détruits et remontés ; le bois des charpentes est remplacé par du fer. En couverture, les matériaux translucides se substituent, ici ou là, à l’ardoise. On sculpte de nouveaux frontons. Les restes de la grandiose chapelle furent détruits en 1962 pour la construction de l’autoroute A25 en même temps que l’on comblait le bras de la Deûle qui la longeait. Cette oeuvre du XVIIIème siècle, de style classique s’apparentait, notamment, à celle des Jésuites de Lille (1747).

C’est ainsi que s’estompe progressivement l’illustre abbaye dont la bibliothèque, déjà célèbre en 1640, fut recueillie par la bibliothèque municipale de Lille.

Attenante à la Maison centrale s’élevait la Colonie Saint-Bernard . En 1912, elle fit l’objet d’un article paru dans le «Nord Illustré » , émanant de Maître Maurice Degand, avocat au Barreau de Lille .

Compte tenu de l’intérêt que présente cet article, nous avons tenu à le reproduire intégralement à l’intention de nos lecteurs. Une visite au cours de laquelle nous constaterons que les problèmes d’effectifs en milieu carcéral ne datent pas d’aujourd’hui !...

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Une visite à la colonie Saint-Bernard

« Certains mots ont le privilège de faire naître dans les esprits toute une succession d’images. Je suis bien certain que quand vous entendez parler de colonie pénitentiaire ou de maison de correction, vous évoquez les massives murailles d’une prison lugubre, les fenêtres aux barreaux de fer, la file des enfants prisonniers durement menés au travail par d’impitoyables gardiens, vous sentez peser sur ces pauvres petits comme un lourd manteau de tristesse, vous voyez des yeux hypocrites et des poings serrés... C’est en votre cerveau le déroulement d’un cinématographe très net, aussi net qu’éloigné de la réalité ; une fois de plus votre imagination a tenu à montrer qu’elle est bien la folle du logis.

Vous vous passionnez à la lecture des faits divers qui relatent presque chaque jour les plus stupéfiantes attaques à main armée et les vols les plus déconcertants. Ne vous en cachez pas, qui ne fait point comme vous ? Il est tout naturel que vous vous préoccupiez de ce qui peut atteindre votre sécurité. Voulez-vous aujourd’hui voir comment on restreint le nombre des malfaiteurs, en essayant de ramener dans la bonne voie les enfants qu’un délit a conduits devant la justice ?

Si vous visitez une colonie pénitentiaire, vous serez frappé tout d’abord par la correction extérieure des jeunes détenus. Très propres dans leur uniforme bleu, ils ont pour la plupart la physionomie ouverte, le regard franc et n’oublieront jamais d’ôter leur béret en passant devant vous. A la réflexion, vous ne manquerez pas de vous dire que ceci n’est pas l’important et que l’on peut être très poli tout en n’étant pas très honnête. Vous vous demanderez quels sont les principaux moyens de moralisation des pupilles et c’est seulement lorsque vous connaîtrez la méthode générale d’éducation que la visite d’un établissement pénitentiaire vous intéressera.

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Les principaux moyens d’arriver au relèvement moral

Ce dont il faut tout dabord se rendre bien compte, c’est que dans les colonies d’enfants, il s’agit de faire oeuvre d’éducation bien plus que de punir les fautes commises. Monsieur Cuche, dont les travaux de science pénitentiaire sont fort estimés, fait remarquer qu’en effet « l’enfance étant la seule période de la vie humaine où l’on puisse sérieusement réaliser l’amendement par la répression, il faut que la peine appliquée aux enfants ne soit à aucun degré rétributive mais exclusivement éducatrice ». On essaie d’arriver au redressement moral des enfants par cinq moyens principaux :

  la morale religieuse
  l'instruction
  l'éducation professionnelle

 

le régime disciplinaire
  la libération conditionnelle

J’ai cité, en tête de cette énumération, la morale religieuse, parce que la plupart des criminalistes la considèrent comme un facteur précieux de relèvement. L’enseignement religieux est plus impératif, plus assimilable, plus attrayant par sa douceur persuasive que la morale purement philosophique. Il n’est pas ici question de politique, et la forme confessionnelle importe peu !

Il y a là un moyen puissant de parvenir à la moralisation. Ce moyen, on l’abandonne, en France, en parlant naïvement de la neutralité religieuse de l’Etat. Le flot de la criminalité monte pourtant assez pour qu’on fasse usage de tout ce qui le pourrait endiguer. Le prêtre, le pasteur, le rabbin peuvent plus, pour le développement moral de l’enfant, que tous les instituteurs du monde. Sans doute, l’instruction est un mode de redressement, mais que de discussions à propos de la place qu’il lui faut accorder ! Si l’on s’en tient à l’instruction primaire, c’est parfait ; mais, en donnant au pupille une instruction supérieure à la moyenne, ne risque-t-on pas d’en faire plus tard un dangereux déclassé ?

Quant à l’éducation professionnelle, les avantages qu’elle présente sont unanimement reconnus. Elle absorbe l’activité, donne à l’enfant le goût du travail et le met à même de gagner sa vie. Est-il besoin aussi de souligner l’importance du régime disciplinaire ? Il comprend des récompenses et des punitions que nous examinerons tout à l’heure. Les chàtiments corporels n’existent pas ; on en a, dans notre pays, la répugnance instinctive et l’on juge que la dignité de la personne humaine interdit d’y recourir. De nombreux publicistes sont pourtant d’avis que le fouet aurait dans bien des cas une utilité sociale et que, dans les colonies pénitentiaires, il devrait figurer sur la liste des punitions. Parmi les récompenses, la libération conditionnelle contribue dans une large mesure à l’amendement des jeunes détenus qu’elle incite à se bien conduire.

Telle est dans ses grandes lignes la méthode d’éducation dont on use dans les maisons de correction et les colonies pénitentiaires. Les procédés employés pour tenter le relèvement des mineurs diffèrent suivant l’origine de ceux-ci. D’après la loi du 5 août 1850, le mineur condamné à une peine d’emprisonnement inférieure à six mois reste dans un quartier spécial des maisons d’arrêt. Si la condamnation dépasse deux ans, il est envoyé dans une colonie correctionnelle. S’il s’agit d’une condamnation de six mois à deux ans, il est alors interné dans une colonie pénitentiaire. C’est encore là qu’on l’enverra si, acquitté pour avoir agi sans discernement, il n’a pas été réclamé par ses parents, ni remis à l’assistance publique ou à une société de patronage. En résumé, l’on envoie dans les maisons de correction, les enfants qui auront besoin d’une discipline très ferme et ceux qui paraissent devoir s’amender plus facilement sont adressés aux colonies pénitentiaires. L’un de ces établissements est à quelques kilomètres de Lille : c’est la colonie industrielle Saint-Bernard.

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Le régime intèrieur de la colonie Saint-Bernard

La colonie Saint-Bernard est attenante à la maison centrale de Loos. Supprimée il y a quelque vingt ans, elle servit de maison d’arrêt jusqu’au moment où la construction de la prison cellulaire rendit ses locaux inutilisés. Lorsque la fréquence des grèves fit envisager la création de brigades de gendarmerie mobiles, on parla d’en faire une caserne. Enfin, à la suite de la loi élevant à 18 ans la majorité pénale, il fallut ouvrir de nouvelles colonies pénitentiaires, la colonie Saint-Bernard fut rendue à sa primitive destination. Le temps a noirci les murailles ; on trouve encore les vestiges d’une ancienne abbaye dont Villehardouin parlait au XIIème siècle dans son « Histoire de la prise de Constantinople » ; les bàtiments ont un aspect vieillot mais la colonie est située au centre d’un vaste jardin et l’air et la lumière n’y font pas défaut. Elle ne donne guère l’impression d’une prison et l’on se croirait aisément dans une caserne ou mieux, dans une école. Voici de spacieuses cours de récréation où les barres-fixes conseillent l’effort physique ; des parties de billes s’organisent ; un ballon sonore rebondit ; dans un coin, des enfants jouent aux dames ; d’autres préfèrent le plaisir solitaire de la lecture. Personne ne semble s’ennuyer et les gardiens (pardon, c’est « surveillants » qu’on les appelle), semblent, malgré leur uniforme, de paisibles maîtres d’études.

Mais il est midi, tout le monde se met en rang et se dirige vers les réfectoires. Le repas est modeste, mais les aliments sont copieux et sains. Le pain se donne à discrétion et l’eau des carafes est filtrée. L’été, les verres sont remplis de coco, cette brave boisson populaire ; l’hiver, une infusion chaude est à la fin de chaque repas. Trois fois par semaine, le menu comprend de la viande. La cuisine est faite, sous la direction d’un chef, par les enfants qui sont de corvée. Avant de laisser partir un plat, le surveillant général lui-même le goûte pour être sûr qu’il n’y aura pas de réclamation. Les pupilles qu’on veut récompenser voient la bière, le café, les confitures et les biscuits venir compléter leur dîner. Vous ne sauriez croire quels excellents résultats l’on obtient par la promesse de ces petites récompenses en nature.

Entrez dans les ateliers, tous les jeunes détenus se mettront au port d’armes puis ils reprendront immédiatement leur travail sans que votre venue soit une cause de dissipation. Les ateliers sont au nombre de six. Voici des relieurs qui travaillent pour un particulier. Sur une table s’entassent les beaux livres de prix, à tranche dorée, à couverture rouge ; voici des peignerons à qui l’industrie du peignage confie de menues réparations ; voici les cordonniers qui fabriquent et réparent les chaussures de leurs camarades ; des ferblantiers, des tailleurs. Ces derniers sont divisés, suivant leur habileté et leur àge, en ravaudeurs qui raccommodent les vêtements et le linge de l’établissement et en tailleurs proprement dits qui travaillent pour une maison de commerce.

La colonie Saint-Bernard possède un immense jardin potager ainsi qu’une porcherie. C’en est assez pour occuper une section agricole composée des enfants qui ont besoin du grand air ou montrent des goûts ruraux.

On fait ainsi application du grandiloquent aphorisme:
« Il faut améliorer la terre par l’enfant et l’enfant par la terre ».
Voulez-vous que nous voyons les classes ? Elles sont pareilles à celles de n’importe quelle école. Spacieuses et aérées, avec leurs cartes et leurs tableaux muraux, elles ont un aspect très gai qu’accentue la teinte jaune et noire des pupitres.

L’enseignement comprend trois degrés. Les degrés élémentaire et moyen préparent au certificat d’études. C’est ainsi que l’an dernier, la commission vint interroger 28 candidats, qui tous furent reçus. C’est un succès dont peu d’écoles primaires peuvent s’enorgueillir et qui est tout à l’honneur de Monsieur Granet, l’instituteur chef de la colonie. Le degré supérieur, dont on discute tant l’utilité, correspond au cours complémentaire des écoles primaires.

On donne aux jeunes détenus des habitudes d’hygiène : chaque jeudi et chaque dimanche, ils se baignent ou passent sous la douche. L’hydrothérapie a presque la même vertu éducatrice que les conférences sur la morale.

J’ai gardé pour la fin, la visite des dortoirs. Ici, c’est bien une prison. Chaque lit est situé au milieu d’une cage grillagée, fermée au verrou toute la nuit. S’il survenait un incendie ? On peut, en une minute, ouvrir toutes les cellules et, d’un coup de levier, faire tomber la barre de fer qui commande toutes les serrures. Réveillés à 6 heures et demie, par une sonnerie de clairon, les pupilles ne sortent de leur cellule qu’après avoir nettoyé le plancher avec un petit balai et qu’après avoir fait leur lit.

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Le triage des arrivants

Le distingué directeur de la colonie, Monsieur Grosmolard, interroge chaque pupille à son arrivée. Il lui parle paternellement, le confesse, le met en confiance. C’est une observation très délicate exigeant des qualités aiguës de psychologie et la possession d’une longue expérience. La colonie est partagée en quatre divisions ayant chacune leur réfectoire, leur dortoir, leur cour de récréation et ne communiquant pas entre elles. On fait une sélection suivant l’àge ou le degré de perversité présumée. Chaque division a son instituteur qui ne se borne pas à l’enseignement oral mais vit avec les pupilles, s’attachant à recueillir leurs confidences et les guidant de ses conseils.

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Les récompenses et les punitions

Un arrêté ministériel du 15 juillet 1899 énumère les seules punitions autorisées. Ce sont : « la privation des récompenses individuelles (radiation du tableau d’honneur, perte des galons, des emplois de confiance, etc...), la privation de récréation, la privation de visite (seulement dans les cas très exceptionnels) le piquet pendant la récréation, les corvées, les mauvais points, la réprimande, l’isolement pendant le repas, le lit de camp (pour les pupilles àgés de plus de quinze ans), le pain sec, le peloton de discipline, la cellule de punition, l’envoi à la colonie correctionnelle ». On n’a le droit de faire usage des menottes que dans les cas prévus par l’article 614 du Code d’instruction criminelle qui vise les menaces et violences à l’égard des gardiens ou des autres prisonniers.

Les récompenses sont nombreuses : l’inscription au tableau d’honneur, les suppléments de vivres, les bons points, les galons, les emplois de confiance, la constitution de livrets de caisse d’épargne, l’engagement dans les armées de terre et de mer. On ne peut choisir d’autres récompenses sans une autorisation spéciale du ministre de la justice.

Quand l’enfant paraît s’être amendé, on le remet conditionnellement en liberté. Le placement chez les particuliers est malheureusement très difficile dans le Nord.

Il n’y a guère de débouchés dans l’agriculture, car, dans notre région, l’usage est de traiter avec un entrepreneur qui amène lui-même toute une bande d’ouvriers. Dans l’industrie, les petits patrons seuls acceptent les pupilles parce qu’ils peuvent les surveiller personnellement ; or, la plupart des établissements industriels comprennent des centaines d’ouvriers !

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Conclusion

La visite de la colonie Saint-Bernard vous aura donné une idée nette de ce qu’est l’éducation pénitentiaire. Je ne veux porter atteinte à la modestie de personne, mais en causant avec les instituteurs et les surveillants, j’ai été frappé de la très belle conception qu’ils ont de la tâche qui leur est confiée. Ils se donnent à elle tout entiers avec un admirable dévouement, une patience de tous les instants. Pourquoi ce personnel d’élite est-il si peu nombreux ? A Saint-Bernard, il y a un effectif d’environ deux cents pupilles et les instituteurs sont au nombre de quatre ! J’en reviens à l’exemple de la Suisse que je citais naguère dans un de mes articles. Dans cet admirable pays où décroît la criminalité, jamais on ne trouve plus de quarante enfants dans une maison de correction. Quand donc comprendrons-nous que si les enfants sont en trop grand nombre, ils se sentent une force, manifestent une espèce de fâcheux esprit de corps et ne peuvent être étudiés comme il convient !

Quoi qu’il en soit, la visite d’une colonie comme Saint-Bernard donne une réconfortante impression, tant on y sent qu’une attentive éducation parvient à réprimer les plus mauvais instincts.

Maurice Degand
Avocat au Barreau de Lille
Article paru dans «Le Nord Illustré» en 1912

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